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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 08:59
Lambda (si quelqu'un aime le monde), par la Compagnie Moebius

La Compagnie Moebius fait partie des sept projets retenus pour le Festival Impatience, lieu de découverte d’un théâtre émergent. A travers leur création collective très atypique, cette Compagnie ouvre avec subtilité et conviction un champ de réflexions qui nous renvoie à des questionnements essentiels. Lambda (si quelqu’un aime le monde) s’inscrit dans notre contexte de crise actuelle. Ici, il s’agit de la crise humaine, celle de l’identité, la quête de sens et la volonté de considération de l’autre. Plongés dans une société rythmée par les medias et le virtuel, quelle place accordons-nous à la réalité, à la spontanéité ? ; finalement, à la vie ? La paralysie qui résulte de ce mal-être envahit et isole ces cinq trentenaires qui tentent, en vain, de fuir l’autre ou, au contraire, de le sentir, de l’espérer et de le chercher pour mieux s’y attacher.

Dans un profond désir de contact avec autrui, ces personnages essaient de trouver des repères, d’exister et de se confronter à leur vérité. Mêlant éléments de fictions, faits réels et instants virtuels, sans excès ni fioritures, cette Compagnie prend le public à partie et lui renvoie, en plein visage, ces interrogations majeures. Aucune réponse, pas de leçon de morale ou de désillusions prononcées, mais une nécessité de ne pas oublier l’essentiel émerge de ce plateau du 104. Les discours sont maîtrisés, les constats justifiés et les personnages réceptifs et convaincants. Porteurs d’une parole générationnelle quelque peu tragique, mais ouverte au changement, ils n’en oublient pas, pour autant, l’humour et s’approprient, à leur manière, des caractères aux couleurs bien distinctes.

Au-delà de l’enjeu du discours qui marque un point de vue assumé et un fort parti pris en faveur d’un type de Théâtre, la puissance de ce spectacle réside dans la mise en scène et, surtout, dans le jeu des lumières. Alternant entre lumières public et lumières plateau, à la fois brutes, éblouissantes et ombrageuses, suggestives, différentes atmosphères se créent et offrent à la pièce une étonnante singularité. Témoin et peut-être concerné par ce qui se révèle, le spectateur participe à l’expérience. Tantôt plongé dans le noir total, comme à son habitude, il se retrouve subitement en pleine lumière, à visage découvert, dans la même dimension que les personnages. Faisons disparaître l’anonymat, considérons notre voisin, essayons d’être ensemble. Le temps de la représentation est rompu, puis reprend aussitôt, créant un sentiment d’instabilité et un soupçon d’agressivité visuelle. Au rythme de cet éclairage presque chorégraphié, les personnages évoluent chacun dans leur espace personnel, leur appartement, tentant de se raccrocher à la vie, prêts à appréhender l’autre et à le rencontrer. Alors, pendant qu’il est encore temps de prendre conscience et de saisir le moment présent, demain ne peut-être qu’espoir !

Le 104

Lamda (si quelqu'un aime le monde), écrit par la Compagnie Moebius, mise en scène de Jonathan Moussalli

Avec Julien Anselmino, Charlotte Daquet, Clélia David, Christophe Gaultier et Marie Vires

Festival Impatience

Retrouvez ma critique sur l'Huffington Post

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Published by Les planches à clous
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  • : NOUVELLE ADRESSE : http://critiquestheatrales.wordpress.com/
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  • La salle a payé et on lui doit le spectacle. Tu es la comédienne de théâtre, la splendeur de l'âge du monde, son accomplissement, l'immensité de sa dernière délivrance. Tu as tout oublié sauf Savannah, Savannah Bay. Savannah Bay c'est toi."
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