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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 10:09

                                         CRITIQUES DE LA 66e EDITION DU FESTIVAL D'AVIGNON IN ET OFF linkTractVXX.jpg

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 14:48

mademoiselle-julie.jpegDans la majorité de ses pièces, Strindberg nous habitue à cette écriture vacillant entre paradoxes et énigmes, à un rythme instable et surprenant que l’on retrouve par moments dans Mademoiselle Julie, mais de façon moins marquée. Les personnages semblent plus fluides, moins enchaînés à leurs passions et à leur folie. Ils restent néanmoins corps d’une action bancale et d’un statut figé qui leur est propre. Le défi de Frédéric Fisbach était alors de pousser les comédiens au bout d’eux-mêmes afin de jouer avec cette oscillation entre deux états, deux corps en métamorphoses constantes et soudaines qui constituent tout l’intérêt du texte. Parvenir à créer des personnages assez entiers, profonds en authenticité et en caractère pour mieux les faire flancher sur la scène du Théâtre de l'Odéon. Cet objectif ne semble être atteint qu’à certains moments de la pièce où Mademoiselle Julie, incarnée par Juliette Binoche, nous crache à la figure sa haine de l’homme et sa quête identitaire, perdue entre deux sexes. Néanmoins, ces instants restent rares, trop vite rattrapés par une nonchalance et une sorte de douceur naïve qui envahissent la scène et affligent le spectateur adepte de Strindberg, qui ne vacille presque pas entre pitié et vertige. Quant à Jean, interprété par Nicolas Bouchaud, il dégage plus une incompréhension et une instabilité étrange qu’une séduction vicieuse et manipulatrice, propre au personnage dans sa tentative d’ascension sociale. Dans l’attente d’un jeu acharné entre les deux personnages se jetant l’un vers, l’autre à bout de souffle et de vie, nous constatons, avec regret, la partie perdue d’avance qui se déroule sous nos yeux. Cependant, toute cette passivité est à moitié rattrapée par le talent de Laurent P. Berger qui, à travers une scénographie très structurée, mêlant onirisme, nature et distinction, instaure une atmosphère froide, aseptisée mais pleine de légèreté et de romance, qui plonge les comédiens et les spectateurs dans un univers spatio-temporel inconnu qui crée le mystère et annonce le danger sous-jacent.

 

link Théâtre de l'Odéon-Théâtre de l'Europe

 

Mademoiselle Julie , texte d'Auguste Stridberg  mis en scène par Frédéric Fisbach

Avec Juliette Binoche, Nicolas Bouchaud, Bénédicte Cerutti & un chœur composé d'amateurs locaux

Du 18 Mai au 24 Juin 2012

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 11:10

petra von kantLe mentor face à sa muse : un rapport que Philippe Calvario a vécu personnellement et décide de mettre en scène avec Les larmes amères de Petra Von Kant, de Fassbinder. Plongée dans un décor très glamour des années 80, la petite scène du Théâtre de l’Athénée brille de mille feux par la puissance de Maruschka Detmers qui incarne cette créatrice de mode passant, pendant toute la pièce, d’une maîtrise, d’une domination sur les autres à une soumission et à une dépendance à l’autre. Happée par des situations incontrôlables, elle tombera éperdument amoureuse de Karin, une femme indépendante et sans attache, qui lui imposera sa forme de pouvoir à travers son autorité et ses règles. Débute, alors, la douloureuse quête d’amour et de reconnaissance d’une Pétra anéantie et blessée qui sombrera peu à peu dans la folie et la solitude extrême. Ne respirer qu’à travers le souffle de l’autre, s’effacer entièrement pour n’exister que pour l’autre qui, étouffé et emprisonné, prendra la fuite. Une fuite impossible pour Pétra qui semble vouée à ce huis clos spatial et psychique ; un enfermement qui la conduira vers la perte d’une identité propre, qu’elle ne retrouvera jamais, par refus de résignation et d’acceptation. Le metteur en scène ne pouvait alors pas faire de meilleur choix que Maruschka Detmers pour incarner, avec tant d’énergie et avec un charisme inégalable, cette « folle amoureuse ». Elle s’efface entièrement pour devenir Pétra Von Kant, qu’elle maîtrise sous tous les angles, passant du rire aux larmes en un souffle, se mettant à nu, sans retenue ni pudeur et avec une justesse et une humanité frissonnantes. La chute et la déchéance de cette femme passent aussi par une gestuelle et une attitude, par un corps contrôlé à la perfection. Un corps plein de nervosité et de séduction qui exprime un désir et une souffrance jouissifs. Une souffrance pleine de cruauté, un déchirement qui nous émeut et nous touche, une comédienne qui nous transporte et nous hypnotise par sa capacité à devenir cette autre, trop pleine d’amour et de dégoût.

 

link  Théâtre de l'Athénée Louis Jouvet

 

Les larmes amères de Petra Von Kant, de Rainer Werner Fassbinder, mise en scène de Philippe Calvario

Avec  Maruschka Detmers, Joséphine Fresson, Julie Harnois, Roberto Magalhaes, Odile Mallet, Carole Massana, Alix Rieme.

Du 22 Mai au 9 Juin 2012

 

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 13:06

wajdi-mouawad.jpegFidèle à une écriture pleine de lyrisme et de douleur, Wajdi Mouawad, artiste aux multiples casquettes, nous présente Temps, une de ses créations, qui ne pouvait trouver meilleur refuge que la scène du Théâtre National de Chaillot, animée par la puissance et le talent de tous ceux qui l’ont frôlée.Une histoire bouleversante et poignante : celle de deux frères qui retrouvent, quarante ans plus tard, leur sœur, pour régler la succession d’un père Alzheimer au passé inavouable ; tout ceci se déroulant dans une sobriété totale, ponctuée de moments de tensions. Une bâche en plastique, semblable à celle Des Femmes, constitue le seul élément de scénographie et s’animera toute en transparence au gré du vent et des lumières. Epuration qui renforce alors toute la dureté du texte, qui nous frappe en pleine figure, comme une violente tempête. La mise en scène est peut-être parfois peu imposante, pas assez brute et les scènes entre les personnages trop courtes et soudainement interrompues, mais certains passages sont tellement forts de sens et de symboles que le spectateur, gorge serrée, est hypnotisé par cette violence silencieuse, cette douleur en suspens. Une brutalité bien retranscrite par les comédiens dans une quête identitaire propre à Wajdi Mouawad et dont les interprétations justes et touchantes sont emplies de passion.
Sortir de la peur, abandonner l’illusion et accepter la chute de l’autre et la perte de soi. Se perdre pour mieux retrouver l’autre et se reconstruire loin de tous ces rats qui nous menacent et nous détruisent. Mettre fin au silence pour retrouver sa voix.

 

link  Théâtre National de Chaillot

 

Temps, écrit et mis en scène par Wajdi Mouawad

avec  Marie-Josée Bastien, Jean-Jacqui Boutet, Véronique Côté, Gérald Gagnon, Linda Laplante, Anne-Marie Olivier, Valeriy Pankov, Isabelle Roy

Du 15 au 25 Mai 2012

 

 

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 10:56

 

dans-la-jungle-des-villes.jpgBien qu’étant un des pères fondateurs du théâtre allemand, Bertolt Brecht n’en reste pas moins, pour beaucoup de passionnés, un mystère aux textes énigmatiques et parfois insaisissables. Dans la Jungle des villes se différencie pourtant dans cette volonté d’un théâtre de la critique sociale et d’une forme basée sur l’homme et sa remise en cause de l’identité. Démarche intéressante que celle de vouloir renverser les codes et les conventions d’une société bien organisée. Ainsi, la pièce nous propulse dans le Chicago de 1919 où Georges Garga, pauvre bibliothécaire vivant près d’une bouche d’égout avec toute sa famille, vendra son âme, ou plutôt son opinion, à Mister Schlink, un riche malais négociant en bois. Etat de crise dans lequel l’un prendra la place de l’autre avec, pour seul but, de se heurter à une réalité : celle de la vie et de la raison. Mais, pourtant, pauvre Brecht qui ne doit cesser de se retourner dans sa tombe depuis que Roger Vontobel a investi la scène du Théâtre de la Colline, avec ce désir, bien plus qu’évident, d’inscrire cette pièce dans un contexte actuel !  Idée séduisante et plutôt bien mise en pratique lorsque le metteur en scène nous présente, sous forme d’abord filmée, un Garga du 21ème siècle, vendeur dans une vidéothèque d’un quartier parisien populaire. Néanmoins, à vouloir trop moderniser, Vontobel semble avoir oublié de se fixer des limites et s’est perdu dans une spirale de clichés et de moments en cartons pâtes. Entre un groupe de rock à la chanteuse hystérique, un décor qui n’arrête pas d’être modifié à vue, donnant des airs de répétitions, des clichés, certes risibles au quotidien, mais, ici, hors propos, et un entassement d’éléments visuels, nous sommes envahis par cette sensation de désordre matériel du point de vue de l’organisation et par ce choix de vouloir signifier maladroitement la moindre action. Or, le spectateur, qui est loin d’être stupide, ne ressent pas ce besoin d’une représentation à outrance pour signifier une époque, un état d’esprit ou une volonté. Bien au contraire, moins l’émotion passe par l’aspect matériel, plus elle est intense, plus les talents du metteur en scène et des comédiens sont valorisés !

  Où est donc passée la force de cette dualité entre les deux personnages brechtien, cette lutte contre l’idéalisme et les émotions ? Elle paraît s’être perdue dans ce « bric-à-brac » d’une ville surchargée de symboles en tous genres. A notre grand désespoir, cependant, car les qualités des deux comédiens, Clément Bresson et Arthur Igual, ne sont nullement remises en question, bien au contraire. Comme deux boxeurs, ils sont présents dans le combat et font preuve d’un dynamisme et d’un mal-être évident qui se retrouvent, malheureusement, dénaturés et étouffés par ce trop plein de « contemporain » !

 

 

 link Théâtre National de la Colline

 

Dans la jungle des villes, de Bertolt Brecht, mis en scène par Roger Vontobel

avec  Clément Bresson, Rodolphe Congé, Cécile Coustillac, Annelise Heimburger, Arthur Igual, Sébastien Pouderoux, Philippe Smith et avec la participation de John Arnold

du 04 Mai au 07 Juin 2012

 

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 10:42

 

le-fils-Jon-Fosse.jpegFidèle à sa plume, c’est toujours de manière simple et directe que Jon Fosse, aborde des thèmes récurrents qui lui sont chers. Dans Le Fils, l’absence et la solitude sont mis en avant, sur fond de Norvège et de silence. C’est sur la scène du Théâtre de la Madeleine que Jacques Lassalle nous présente une mise en scène classique qui tendrait à mettre en avant l’épuration et la répétition du verbe. Il n’y a pas de réelles prises de positions, si ce n’est celle d’un vide, d’un temps suspendu, d’un espace spatio-temporel déconnecté de l’extérieur. Un extérieur bien présent par le décor qui symbolise le voisinage et crée une atmosphère mystérieuse. Un « au-delà de la maison » représenté par la présence du fils et du voisin qui viennent de ce dehors qui semble inatteignable, presque dangereux. L’action est donc renfermée dans le salon de ce couple de retraités qui apparaissent comme n’attendant que la mort qui clôturera cet isolement. Las du temps qui se fige, ils ne sont pas satisfaits par le présent et songent sans cesse à un après, à un oubli de la réalité qui les entoure, une réalité trop dure qu’ils essayent de camoufler par des conversations creuses, sans émotions. Cette mort qui rôde, comme les spectres de Rêve d’Automne, fera bel et bien son entrée par l’extérieur : un drame qui mettra fin à l’attente et au silence. Le couple Catherine Hiegel-Michel Aumont se fond plutôt bien dans ce registre de l’attente latente et passive. Chacun, dissimulé derrière sa carapace, est fermé à l’autre, aux autres, froid comme la glace qui entoure la maison. Le ton reste toujours monotone, les réactions calmes et contrôlées, ce qui renforce encore plus la violence du fils qui dénote par ses réactions incontrôlables. Replié sur lui-même,  à l’image de ses parents, il semble, avec le voisin, être le seul en quête de vérité et finalement d’humanité. Les parents préfèrent se tairent et occulter car il est sans doute trop douloureux de faire face à tant de souffrance liée à la perte d’un enfant qui nous échappe. Les contacts sont alors limités, la confrontation à l’autre superficielle et l’atmosphère, relevée d’un fond sonore strident, devient pesante. Un poids illustré par une inaction et une passivité qui touche, qui énerve, mais surtout qui permet de mettre en avant toute la force de l’écriture de Jon Fosse qui démontre bien, qu’avec peu de mot, nous pouvons toucher l’autre au plus profond de son être.

 

 

link  Théâtre de la Madeleine

 

Le Fils, de Jon Fosse, mise en scène de Jacques Lassalle

avec  Michel Aumont, Catherine Hiegel, Stanislas Roquette, Jean-Marc Stéhlé

Du 17 Avril au 15 Juillet 2012

 

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 12:29

Le-bourgeois-gentilhomme.jpegAdapter à plusieurs reprises, aussi bien au théâtre qu’au cinéma, constituant l'une des bases de la dramaturgie classique, Le Bourgeois Gentilhomme peut être considéré comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la comédie ballet. C’est Catherine Hiegel, ancienne sociètaire de la Comédie Française, emblème de la maison de Molière, qui relève le défi sur la scène du Théâtre de la Porte Saint-Martin avec, en tête d’affiche, le talentueux François Morel. Qui mieux que lui aurait pu, en effet, être choisi pour valoriser l’aspect comique qui se dégage de cette satire de la bourgeoisie du 17e que nous dépeint Molière ? Réussir, par tous les moyens, à s’élever dans la société en tentant de devenir une personne de qualité ; acquérir la reconnaissance d’autrui en tant qu’être de rang de supérieur ; étudier, sans passion, pour arriver à ses fins. Problématique intemporelle qui conserve, encore aujourd’hui, toute sa valeur et sa force de signification. Néanmoins, Catherine Hiegel choisit d’adapter la pièce dans son contexte d’écriture, s’inscrivant dans un décor d’époque, en total adéquation avec l’importance des Arts et du plaisir à la Cour de Louis XIV. La musique est alors omniprésente, accompagnée de la danse qui nous transporte de la France vers l’Empire Ottoman ; les murs sont des peintures de paysages et d’anges célestes, à l’intérieur desquels s’amusent, tout en légèreté, les habitants de la maison de Monsieur Jourdain. L’importance du divertissement et du plaisir est donc bien soulignée ; l’humour est là à travers l’interprétation de François Morel qui nous présente un maître de maison risible et ridicule, se lançant, tête à la première, à la conquête de son statut de gentilhomme. Le comédien a, en effet, particulièrement bien saisi l’aspect grotesque et naïf de ce personnage et nous retrouvons dans son jeu toutes les expressions et les plaisanteries que nous lui connaissons. Néanmoins, il n’en reste pas moins vaniteux, capricieux et autoritaire, tentant de rallier tout son entourage à sa folie narcissique ; des aspects qui ne sont pas forcément mis en avant, ce qui est dommage, car dans cela réside toute l’ambivalence et la force du personnage. Même s’il s’agit d’une satire sociale, le piège dans lequel la metteur en scène et les comédiens semblent être tombés est un excès de comique et de moquerie, qui laisse parfois place à une sorte de foire hystérique, à défaut d’une scène de théâtre emplie de nuances toutes en finesse.  Il fallait s’y attendre car aujourd’hui, tout est pousssé à l’extrême . De plus avec un personnage comme Morel, nous nous attendons tout de suite à un comique burlesque et parfois un peu lourd.

Catherine Hiegel semble avoir opté pour un versant comique, qui dénature parfois le propos de Molière, qui va au-delà des apparences et nous montre la déchéance progressive d’un homme qui s’isole. Le public est conquis car il rit ; le moment reste agréable et divertissant, mais Molière, dans toute sa force dramatique, semble, malheureusement, souvent absent.

 

 

link  Théâtre de la Porte Saint-Martin

 

Le Bourgeois Gentilhomme, de Molière, mise en scène de Catherine Hiegel

avec  Alain Pralon, Marie-Armelle Deguy, Olivier Bioret, Anicet Castel, Stephen Collardelle, Joss Costalat, Eugénie Lefebvre, David Migeot, Emmanuel Noblet, Romain Panassie, Camille Pelicier, Gilian Petrovski, Géraldine Roguez, Frédéric Verschoore, Héloïse Wagner et l'Ensemble Baroque La Rêveuse.

Du 12 Janvier au 27 Mai 2012

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 16:35

 

chiens-de-navarre.jpegDans le cadre du Calendrier RegEn, le Théâtre de Gennevilliers invite trois collectifs, dont la compagnie Les Chiens de Navarre, à nous présenter leur dernière création « Nous avons les machines ». En interaction immédiate avec le public, dès son entrée dans la salle, leur travail se définirait plus comme de l’ordre de la performance ou de l’atelier artistique. En marge des conventions théâtrales sur tous les points, ils s’amusent avec l’espace et la liberté qu’offre un plateau. Aucune histoire, pas de connexions logiques entre les différents tableaux ; même le texte semble être toujours en phase d’évolution et d’essais. Apparaît alors un refus clair de la part des comédiens de se cantonner à une forme précise, de se ranger dans une catégorie artistique bien définie. Le plus important semble être vraiment cette expression de la vie sous toutes ses formes les plus déjantées, le partage d’une énergie communicative pleine de dérision et de légèreté. Le public passe un moment très agréable et distrayant, qui nous coupe de l’extérieur grâce à un humour osé mais incessant qui fait l’unanimité, même si, au final, il reste primaire et « brut de café ». Ce spectacle, différent de ceux que nous avons l’habitude de voir aujourd’hui sur les scènes parisiennes, qui, dans la même lignée, s’apparenterait à la Compagnie Grand Magasin, n’est donc pas une réflexion profonde sur un sujet précis ; il n’y a pas de questionnement évident, pas de prise de position, mais un travail de destructuration, une réelle envie de crier la vie, tout en s’amusant. Le travail de groupe reste, néanmoins, le point fort, avec cette flagrance d’une écoute et d’une conscience perpétuelle de l’autre, ce qui, dans un sens, place vraiment la personne, le comédien, au centre, en tant qu’être humain, dans toute sa plus grande force d’expression.

 

 

link Compagnie Les Chiens de Navarre

link Théâtre de Gennevilliers

 

 

Nous avons les machines, mise en scène de Jean-Christophe Meurrise.

Avec Caroline Binder, Céline Fuhrer, Robert Hatisi, Manu Laskar, Thomas Scimeca, Anne- Elodie Sorlin, Maxence Tual, Jean-Luc Vincent.

 

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 16:48

 

images-copie-4.jpeg

C’est en restant fidèle à son style traditionnel de respect du paysage scénique qu’Alain Françon s’attaque à Tchekhov et nous présente Oncle Vania, sur la scène du Théâtre des Amandiers. En accord avec La Trilogie de la Villégiature, les personnages évoluent au sein d’un décor réaliste, celui de la maison d’Ivan Petrovitch. L’espace est partagé entre intérieur meublé avec goût et extérieur campagnard et mélodieux, ce qui ajoute à la dimension réelle de la pièce et nous transporte aussitôt dans un autre univers : celui du théâtre. La découverte de différentes pièces de la maison renforce le côté intrusif dans la sphère intime et crée une vraie dynamique d’action. Néanmoins, à l’opposé de Marcel Maréchal, au Théâtre 14, en 2010, Françon ne réinscrit pas la pièce dans une atmosphère chaleureuse et confinée, propre à l’idée de la Russie et des Russes que nous décrit Tchekhov. Les rapports entre les personnages sont froids, les étreintes rapides, le décor simple, épuré, presque sans âme. Cette prise de position serait alors justifiée par le choix de retranscrire sur scène l'essence même, la profondeur, du texte de Tchekhov. En apparence comique et léger, il n’en reste pas moins douloureux, reflétant une réalité qui n’est pas toujours facile à accepter. En ressortent le drame de la solitude éternelle, le poids de la vieillesse et la fatalité d’un futur triste ; le portrait d'une société.  Malgré des tentatives pour échapper à leur destin en transgressant les règles, en dépassant leurs limites, les personnages échouent et retournent à la case départ, symbole de la monotonie, sans autre issue que de se laisser porter par le temps de la vie, en attendant la fin, qui, ils l’espèrent, les apaisera.

Passer avec souplesse du rire aux larmes, tel est le défi de cette pièce. Magnifiquement relevée par les comédiens qui, même si certains auraient pu aller plus loin dans leur interprétation, réussissent à jongler entre ces deux paradoxes ; surtout pour le comédien Gilles Privat qui apporte au personnage d’Oncle Vania toute la dérision et la souffrance qui le caractérisent.

 

 

link Théâtre des Amandiers

 

Oncle vania - Scènes de vie à la campagne, texte d'Anton Tchekhov, mise en scène d'Alain Françon

avec  Éric Caruso, Catherine Ferran, Jean-Pierre Gos, Guillaume Lévêque, André Marcon, Laurence Montandon, Gilles Privat, Barbara Tobola, Marie Vialle.

 

Du 9 Mars au 14 Avril 2012

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 15:10

 

la-casa-de-la-fuerza.jpeg.jpgDifficile de mettre les mots justes sur le travail aussi complexe et douloureux d’Angélica Liddell. La Casa de la Fuerza, c’est une dénonciation de la solitude, un appel et un cri à la réaction, qui prend forme sur la scène du Théâtre de l’Odéon. Débute un hymne à la femme, dans tout ce qu’elle a de plus profond et de plus spirituel. Magnifique hommage aux victimes du Chihuahua, à ces petites filles, à ces adolescentes et à ces mères violées, battues et tuées, car elles sont nées femmes et n’auront pas le temps et le droit de le rester. Angélica Liddell fait le choix de propos à portée collective mais nous présente surtout un auteur en quête de vérité et de justice. Emane, tout au long des 4h30, une volonté de faire partager crûment et brutalement ce qui est inavouable pour ces victimes. Les comédiennes ne prennent aucun détour, elles nous transmettent une réalité brute de sens et d’images, dans une atmosphère de solidarité et de compassion, ponctuée de moments de violence envers soi-même et envers autrui. On ne peut pas faire l’impasse sur la portée individuelle de cette pièce qui est au cœur de sa création : Angélica Lidell entame une mise à l’épreuve qui la mènera vers une pseudo délivrance ; mais aussi, sa propre thérapie, par le biais du théâtre, comme moyen d’expression d’une endurance physique et verbale. Vaincre la solitude à travers l’épuisement physique. Tenter d’oublier ses démons en mettant le corps et non l’esprit à l’épreuve. Le but étant de se vider de toute énergie, pour éviter de penser et de sombrer. Les comédiennes débutent un combat, un marathon, pour rester vivantes. La mort est présente, mais ne semble pas l’emporter face à un hymne à la vie, bel et bien réel. Les femmes endurent la douleur provoquée par la maltraitance des hommes et s’y soumettent par faiblesse de se retrouver seule. Il y a, néanmoins, un rêve de vengeance, une détermination à prendre le pouvoir sur l’homme, une brèche d’espoir. La mise en scène s’avère très riche de significations et de métaphores émouvantes. Plusieurs tableaux défilent, aux paysages différents et aux chorégraphies poignantes et bouleversantes. La scénographie est, elle aussi, sportive, pleine de sens et de justesse. Les fleurs, synonymes de vie et de joie, mais aussi d’hommage et de partage, sont omniprésentes tout au long de la pièce, comme un message de croyance en l’humanité. Une atmosphère mexicaine est recréée avec l’aide de la musique, plus particulièrement avec la présence de Pau de Nut, un violoncelliste et chanteur lyrique talentueux, qui nous enivre, de Bach aux chansons populaires hispaniques ; seule présence masculine, jusqu’à l’arrivée humoristique d’un culturiste, trop musclé à force d’acharnement sportif pour vaincre sa solitude. Touche comique et autodérision qui s’ajoutent à d’autres passages amusants qui permettent des moments de pause en rendant la pièce un peu plus légère.

 Angélica Liddell met alors le spectateur face à une palette émotionnelle devant laquelle il est impossible de ne pas être sensible et de ressortir heurté. Endossant plusieurs casquettes, menant sa lutte et son projet de front, c’est elle, en tant que comédienne, qui illumine la scène de par son énergie époustouflante et insatiable. Ne négligeant aucun détail, elle nous balance en plein visage une vérité parfois trop dure à avouer.

 

 

link  Odéon Théâtre de l'Europe

 

 

La Casa de la Fuerza, texte et mise en scène d'Angélica Liddell

 

avec  Lola Jiménez, Perla Bonilla, Angelica Liddell, Pau de Nut, Orchestre Solís, Getsemani de San Marcos, Cynthia Aguirre, Juan Carlos Heredia

 

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La Voix Du Théâtre

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